Cultive ton jardin

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mercredi, 15 février 2012

Demain, il enlève le bas

Jamais un teasing n'aura été aussi bavard. Journaux, radios, télés, nous harcèlent avec la "révélation" attendue. Vais-je en rajouter? ma foi, le moins possible.

Simplement vous rappeler une inoubliable campagne publicitaire, qui date désormais de 30 ans. Et vous faire observer qu'après s'être longuement fait admirer de face, c'est de dos que la donzelle a terminé sa campagne. Avec ce slogan qui prend tout son sel en ce moment:

« Avenir, l'afficheur qui tient ses promesses »

vendredi, 10 février 2012

Cette admirable civilisation occidentale

L'incident n'occupe que cinq cases dans l'album "Le Lotus Bleu", en bas de la page 7. Mais, sans savoir vraiment où le retrouver dans les foisonnantes aventures de Tintin, je l'avais mémorisé au mot près. Alors, pour mon précédent billet, je l'ai cherché et retrouvé.

En se portant au secours d'un chinois malmené par un européen (Votre conduite est indigne d'un gentlemen, monsieur!) Tintin s'est fait un ennemi. Le gros bonnet, qui s'appelle Gibbons, prend à témoin ses amis:

"Où allons-nous si nous ne pouvons même plus inculquer à ces sales jaunes quelques leçons de politesse?... C'est à vous dégoûter de vouloir civiliser un peu ces barbares!... Nous n'aurions donc plus aucun droit sur eux, nous qui leur apportons les bienfaits de notre belle civilisation occidentale?... Cette admirable civilisation occidentale qui..."

Là, d'un ample geste du bras, Gibbons, plein d'un juste enthousiasme, renverse le plateau du serveur qui leur apportait les consommations. Et se jette sur lui à coups de poing.

"Tu l'as fait exprès, sale Chink!... Je m'en vais t'apprendre, moi, à manquer de respect à un homme de race blanche!..."

Et Gibbons, essoufflé, se rassoit et tente de reprendre ses esprits:

"Où en étais-je?... Ah oui! notre belle civilisation occidentale..."

La première version du Lotus Bleu date de 1934. La version colorisée de 1946. Quelques mots ont vieilli, on n'oserait plus publiquement "sale jaune", "sale Chink" "barbares".

"Mais... le matou revient, le jour suivant, le matou revient, il est toujours vivant."

Le bon sens et l'évidence

Le bon sens et l'évidence nous disent que le soleil tourne autour de la terre. Je me lève le matin, il est sur ma gauche. Puis je le vois, à l'évidence, monter dans le ciel, redescendre, et enfin disparaître à ma droite. En réalité, le bon sens et l'évidence ne vont même pas jusque là, car ils pensent, ils voient bien, que la terre et plate. J'ai rayé "ils pensent", le bon sens et l'évidence évitent de penser.

Le bon sens et l'évidence sont allés jusqu'à foutre en taule ceux qui disaient que la terre était ronde (les idiots!) ou qui prétendaient que non seulement le soleil ne se levait ni ne se couchait mais qu'en plus c'était la terre qui lui tournait autour et qui tournait sur elle même. Autour du soleil en un an. Sur elle même en 24 heures. Si elle tournait sur elle même, la terre, ça se saurait. On le sentirait, non? On verrait les arbres défiler... euh le soleil bouger... bon, peu importe.

Le bon sens et l'évidence me disent que ma manière de vivre, de penser le monde, de concevoir les relations avec les autres vivants et l'ensemble de la nature sont les meilleures qui se puissent concevoir. Les inquisiteurs le pensaient. Les nazis le pensaient. Notre "admirable civilisation occidentale" (Tintin et Milou, Le Lotus Bleu, page 7) en est persuadée.

Le bon sens et l'évidence, si précieux quelquefois, nous font aussi penser, dire et faire de fameuses conneries. Surtout quand nous tentons d'imposer notre "point de vue" à autrui.

Quand un enfant grandit, vient un moment où il acquiert la capacité de s'extraire de sa vision auto centrée pour se projeter dans l'esprit de l'autre. Moi, je vois ça, se dit-il, mais l'autre, en face, ne voit pas la même chose. J'ai vu ça, mais lui n'était pas là, il ne l'a pas vu, ou inversement, il me raconte quelque chose que je n'ai pas vu moi-même, faut que j'y réfléchisse. Moi, je pense ça, mais elle, à côté, pense différemment. Vient le moment où il est capable de dire, "j'aime pas les épinards, mais mon frère, il adore ça", au lieu de dire "bêêêh, c'est pas bon les épinards".

Plus tard, au lieu de s'exclamer "Comment peut-on être Persan?", il deviendra capable de s'émerveiller en découvrant d'autres manières de voir le monde, de s'interroger sur ces différences. Il ira peut-être même (sacrilège, blasphème, hurlait la Sainte Inquisition) jusqu'à prendre des distances avec ses propres évidences.

Ma foi, nous avons placé à des postes dirigeants, nous avons confié nos vies et notre avenir à des gens qui n'ont pas encore atteint ce stade de... développement, et qui en sont fiers. De très vieilles ombres sont de retour, elles nous fixent sans trembler.

mardi, 31 janvier 2012

Vu par en d'ssus ou par en d'ssous

Ma (re) trouvaille de ce matin:

Voilà comment ça se passe: je lis un texte d'Anne Sophie sur "Arrêt sur images". Puis je lis les commentaires sur le forum. Parfois (souvent même) je glisse mon grain de sel. Répondant à Dominique Godin qui critique l'utilisation du mot "charges" quand on parle des cotisations sociales, je clique, presque machinalement sur le lien qu'il fait à propos des questions de "points de vue".

Et je tombe sur çà. Je la connaissais bien cette chanson, drôle, fine, émouvante, tellement humaine. Et "radicale" aussi. Populiste? Héhé... populiste, je veux bien. Si vous saviez comme je suis bouleversée et heureuse de l'avoir retrouvée. Je me souvenais d'une bonne partie des paroles, et aussi de cette mélodie légère et grave, mais j'aurais été bien en peine d'en nommer le chanteur et encore moins l'auteur, pardon, l'autrice.

lundi, 23 janvier 2012

Les enfants du placard

"Les conditions dans lesquelles les enfants ont été détenus, pendant quinze jours, dans un milieu d’adultes, confrontés à une forte présence policière, sans activités destinées à les occuper, ajoutées à la détresse des parents, étaient manifestement inadaptées à leur âge. Les deux enfants, une fillette de trois ans et un bébé, se trouvaient dans une situation de particulière vulnérabilité, accentuée par la situation d’enfermement. Ces conditions de vie ne pouvaient qu’engendrer pour eux une situation de stress et d’angoisse et avoir des conséquences particulièrement traumatisantes sur leur psychisme."

Dites moi, je dois pleurer ou me réjouir? Pleurer à cause de tous ces enfants (combien sont-ils?) à avoir été arrachés à leur vie d'avant pour se retrouver ne serait-ce que quelques jours dans ces placards que nous appelons pudiquement centres de rétention? Me réjouir parce qu'il semble que la Cour Européenne des Droits de l'Homme se soit enfin aperçue de quelque chose, me réjouir parce que désormais il n'y aura plus d'enfants en centre de rétention?

Ou pleurer parce que ça a été possible cette honte, mais surtout parce que ça ne va rien changer aux pratiques de "cette France là" qui enferme certains enfants dedans, d'autres enfants dehors, et d'autres enfin dans des immeubles voués à l'incendie par leur vétusté.

Cette même "France" qui trouve qu'on attaque "LA FAMILLE" en parlant de toucher au quotient familial dans les déclarations de revenus.

jeudi, 22 décembre 2011

Violence physique et normes linguistiques

Je suis en train de lire dans la "Revue des livres" de novembre décembre 2011 un article intitulé "Pour une politique de la traduction". Et je tombe, dans un entretien avec Emily Apter, professeure de littérature comparée à la New York University, sur ce paragraphe qui résonne très fort avec les récents incidents liés à l'accent d'Eva Joly, et qui me donne la clé de l'émotion quasi physique qui m'avait envahie alors:

"Pendant l'année que j'ai passée en Angleterre, l'école m'a en effet forcée à prendre des cours de diction pour m'apprendre à "parler correctement" selon les standards britanniques. Le sentiment de honte que l'on éprouve à devoir se défaire d'un "mauvais accent" - si bien exprimé par Derrida dans Le Monolinguisme de l'autre ou par Theresa Hak Kyung Cha dans Dictee - m'a fait prendre conscience de la violence proprement physique dont s'accompagne l'imposition de normes linguistiques. Cette expérience m'a fait comprendre de manière très concrète ce que signifie le fait de légitimer ou de délégitimer certaines manières de parler"

Bon, rassurez-vous, j'ai pas tout compris dans le reste de l'article, mais j'aime bien lire des trucs que je comprends pas bien. Si je comprends tout, ça veut dire que j'apprends rien.

dimanche, 18 décembre 2011

Mille milliards de mille sabords

Ma parole, mais d'où ils les sortent, tous ces milliards?

Le Yéti vous l'explique: de nulle part, ils n'existent pas. Ah bon?

mercredi, 14 décembre 2011

Violettes de décembre

Si vous refusez de me croire, je vous en voudrai pas, j'y crois pas moi-même.

Ce matin, sortant de chez moi... un parfum de violettes. Hallucination olfactive? Je décide, quand même, de chercher un peu. À gauche du chemin, des pervenches. Je les avais déjà repérées, ce mois de décembre est fou. Mais les pervenches, ça sent rien ou pas grand chose. Je cherche alors à droite, sous les arbres désormais défeuillés. Et oui. Deux violettes.

Je sais pas ce qui m'étonne le plus: des violettes en décembre, c'est pas courant, il est vrai. Mais les avoir repérées à l'odeur? J'y crois pas moi-même!

mercredi, 30 novembre 2011

La carotte indignée

Zavez déjà vu une carotte sauvage? Facile à reconnaître quand c'est en fleur: une ombelle blanche comme il y en a beaucoup, beaucoup qui se ressemblent toutes, attention, la ciguë en fait partie. Mais, avec comme signe distinctif absolu, irréfutable, une petite fleur plus foncée, noire, mauve, violine en plein milieu de l'ombelle. C'est comme ça que mon petit jardinier, à trois ans, s'était taillé un fort beau succès en identifiant une fleur de carotte au bord d'un chemin.

Avec cet été-automne qui fait du rab, vous avez peut-être encore quelques chances d'en trouver. Arrachez la belle, c'est pas une fleur protégée, rassurez-vous. La racine sent, indubitablement, la carotte. Sinon, gare, tout ce qui est naturel n'est pas bon. Si vous êtes bien sûr que c'est un plant de carotte, fleur foncée centrale, odeur caractéristique, vous pouvez grignoter. Ça a le goût de la carotte, aussi. Seulement... c'est blanc (pas grave, ya des carottes blanches) mais surtout c'est plutôt petit, ramifié, et très fibreux. Vous pourriez peut être faire ça en soupe, ou plutôt en bouillon en filtrant bien, et à condition d'en arracher beaucoup.

Ya pourtant des gens, ya trèèèès longtemps, qui ont pensé que cette racine coriace avait de l'avenir. Qui ont patiemment, année après année, sélectionné les meilleurs plants pour en récolter les graines, puis encore et encore, jusqu'à ce que ça atteigne une taille raisonnable, qu'on ait quelque chose à se mettre sous la dent. Et ça continue aujourd'hui, des jardiniers, des grainetiers, cultivent, observent, goûtent, sélectionnent. Je vous parle de la carotte, mais les choux, les laitues, les blés, les riz, c'est tout pareil. Imaginez, en regardant votre racine de carotte, le boulot qu'il a fallu pour en faire la carotte que vous connaissez aujourd'hui. Des paysans, siècle après siècle, ont fait ce travail, patients et obstinés, sans penser que le profit en reviendrait à d'autres.

Car parmi les grainetiers qui ont pris le relais, certains ont imaginé avoir le droit, le droit du plus fort évidemment, de s'approprier tout ça et d'y coller LEUR étiquette, à eux, perso. Collectivistes, quoi, du genre tout ce qui est à toi est à moi. C'était déjà gonflé, non? Pourtant, personne a protesté. Ils offraient, paraît-il, une garantie. De conformité, de régularité, de fertilité, bref tout un cahier des charges dont je ne discute pas, sauf à la marge, l'utilité. Par exemple on aime bien (va savoir pourquoi) que dans un plat, toutes les rondelles de carotte aient la même taille et la même forme, c'est pour ça que les carottes coniques d'autrefois sont devenues cylindriques. Le goût? Secondaire.

Ça aurait pu leur suffire, non, aux semenciers dominants? Bé non, le capitalisme porte en lui le germe mortel du "toujours plus". Ils avaient volé aux paysans leur travail séculaire, mais ils continuaient à le partager avec eux, car le savoir a ceci de magique qu'on peut le partager sans en perdre une miette, et même en l'enrichissant. Un autre germe mortel du capitalisme, c'est celui de l'exclusivité, de la non concurrence. C'est un pur mensonge, quand ils nous bassinent avec la "concurrence libre et non faussée", qu'on ferait mieux d'appeler la concurrence librement faussée.

Voilà donc qu'ils ont trouvé insupportable que des paysans, pas nombreux chez nous, mais ça revient, un peu plus dans les pays pauvres où c'est vital, continuent à fabriquer eux-même leurs graines, comme ils le faisaient depuis plusieurs milliers d'années, sans se soucier du fait qu'on les trouvait aussi en sachets avec de grosses étiquettes copyright.

Eh ben non, c'est fini, le hold-up est complet. Et ils ont même trouvé des législateurs, défenseurs théoriques du bien public, pour en faire une loi.

J'ai vu récemment le film "Tous au Larzac". Ce film drôle, sympa, instructif, émouvant met en évidence, entre autres, la différence entre légal et légitime. Et la supériorité, forte et indiscutable, du légitime sur le légal. Le légitime doit devenir, redevenir, légal.

Et en attendant, on fait quoi?

vendredi, 18 novembre 2011

Heureuse au fond de sa poubelle

Je me souviens de deux de mes révoltes d'enfant: d'abord, je me plaignais que les garçons aient droit à des jeux "pour de vrai", alors que les nôtres étaient toujours pour "de semblant". Ensuite, la chanson "Trois jeunes tambours" me faisait beaucoup de peine. J'avais bien repéré, sans avoir encore les mots pour le dire, que c'était un combat de prestige entre deux mecs, et je trouvais terriblement injuste que la "fille du roi" en soit l'enjeu malheureux, son sort étant aussi indifférent à son père qu'à son amoureux éphémère. En vrai, et sans trop oser le dire, vu le prestige des princesses, je la trouvais conne aussi: pleurer "toute sa vie" pour un pareil goujat?

C'est pas si grave, bien sûr, jouer, c'est jouer, peu importe à quoi et on y prenait de vrais plaisirs à nos jeux nunuche. Et "trois jeunes tambours" c'était qu'une chanson après tout. Finalement, avec le recul, je m'aperçois que j'avais mis le doigt sur deux piliers de notre oppression. Nos jeux nous préparaient à notre rôle de bobonne, et ceux des garçons, par la plus grande liberté qu'ils leur laissaient, visaient à les "aguerrir". Quant à la chanson, elle dévoilait le destin de bien des femmes, à jamais dépendantes propriétés d'un mec, voire de deux qui se les disputent sans aucun égard pour leur personne. Comme dans cette bande dessinée, où "Paulette" fait le ballon entre deux équipes, l'une qui lui veut du mal, l'autre qui lui veut du bien.

Cette petite fille, souriante dans sa poubelle, m'a complètement ahurie par son ambiguïté. Il est même impossible d'en faire une critique raisonnée, tant elle touche profond en moi. Quelle que soit la volonté du publicitaire, je lis "A la poubelle, et heureuse d'y être". Bien sûr, les gentilles filles font ce qu'on leur dit, elles trient les ordures et mettent bien ce qu'il faut là où il faut, quitte à se mettre elles-même au fond d'une poubelle, alors que les méchants garçons, ben i font nimp, et on doit les rééduquer. Un peu, pas trop, sont tellement mignons avec leur sourire diabolique, comme sont mignonnes d'ailleurs les filles, résignées au fond de leur poubelle.

La vidéo m'a encore plus ahurie. Loin du cynique "jeune tambour", voilà que le héros de papier va rejoindre sa belle pour un recyclage romantique, et que sur la dernière image, on les voit tous deux sombrer, ensemble, dans une indifférenciée pâte à papier. Une allégorie de la crise, qui broierait, l'un après l'autre, et de façon égalitaire, les filles comme les garçons?

Et m'embêtez pas, hein, la pub, c'est fait pour nous faire rê-ver, alors je rêve. Comme il y a des contes d'avertissement, il y a des rêves d'avertissement.

vendredi, 4 novembre 2011

Graines d'utopie

Bon, c'est décidé, je commence cette année à "faire mes graines".

Ça m'est venu, dommage, à la fin de l'été. Donc, pour les tomates, c'est râpé, j'ai ramassé l'autre semaine les dernières tomates vertes pour en faire quelques pots de confiture. Les courgettes, pareil: la saison a eu beau se prolonger, j'ai mangé les dernières au début des vacances avec mes deux petites princesses qui ne veulent pas de légumes mais aiment bien les courgettes. Du côté des potirons, je réserve dès à présent les graines de "Butternut", ma préférée. Les deux autres variétés que j'ai semées cette année (Kaboscha et Buttercup) appartenant toutes deux au groupe A se sont probablement un peu mélangées, du coup je peux bien ramasser les graines, mais je sais pas trop ce qu'elles vont donner. Les oignons? ma récolte de cette année a été carrément ridicule, exit les oignons. Les pommes de terre? Toutes mangées. Elles étaient bonnes, merci, mais les Rattes m'ont beaucoup manqué, je ne les oublierai pas l'an prochain, tant pis si elles sont peu productives. C'est troooop bon, cuit vapeur, avec du fromage blanc ou, plus classique, du beurre. Et chacun épluche les siennes, c'est ça qui me fait le plus plaisir.

Bon, alors, vu la saison, il me reste quoi? Essentiellement les bisannuelles: les légumes qu'on mange la première année et qui fleurissent l'année d'après. Justement, il me reste une très belle laitue. Je vais soigneusement la repérer et la laisser fleurir au prochain printemps. C'est une variété dont j'achète les plants au marché, une batavia brune qui ressemble à la Grenobloise, mais beaucoup plus craquante, et qui se comporte mieux chez moi: la Grenobloise a une tendance fâcheuse à noircir en bordure de feuilles, vous imaginez la corvée pour trier ça? Cette laitue rappelle un peu, à la consistance, la "Reine des Glaces" délicieuse mais que j'ai du mal à réussir. Celle-là, j'ignore son nom. D'après les photos de Biau Germe, ce pourrait être la "Goutte de sang". Les maraîchers qui vendent des plants prennent peu à peu, sous la pression des clients, l'habitude de mentionner la variété, mais c'est pas encore descendu jusqu'aux laitues.

Les choux, j'ai déjà l'habitude d'en laisser fleurir un ou deux au printemps: même les choux qui ont fait nos délices pendant l'hiver sont susceptibles, si on ne les arrache pas, de faire des pousses nouvelles et de fleurir, donc de grainer. Faut juste que j'en choisisse un beau. Trois plutôt, puisque j'ai planté ce printemps trois variétés de choux: un lisse, un cloqué, tous deux inconnus (plants du marché) et un rouge semé par mes soins, mais qui, d'habitude splendide, très sain, résistant aux attaques, semble assez piteux cette année. Les poireaux, n'en parlons pas, je renonce définitivement cette fois ci. Fausse joie d'abord, ils semblaient, cette année, intacts. La déroute totale de l'an passé, pas UN rescapé sur une centaine de plants, m'avait dégoûtée, j'avais décidé de ne pas acheter de plants. Mais, quand même, sur le conseil de "janot lapin", j'en avais semé une raie. Bingo! une bonne centaine de plants parfaitement sains et qui semblaient vouloir le rester. Un vol tardif de "mineuse", et vlan, voilà ma récolte sournoisement minée. Si un d'entre eux veut bien aller à graine, pourquoi pas? J'aime bien les fleurs de poireau, ces petites boules laineuses qui se balancent en hauteur, et la manière dont elles contrastent, en fin de saison, avec les graines charbonneuses, d'un noir profond, qui finissent par en sortir. Une culture que j'ai particulièrement bien réussie cette année, ce sont les bettes à carde rouge. Elles sont magnifiques à voir, leur couleur explose dans le jardin, quel dommage de perdre tout cela à la première gelée... mais impossible de tout manger, il y en a trop. Il faudra que je pense à en protéger un pied, ou alors me confier au hasard qui fait que certains survivent à l'hiver alors que d'autres pourrissent. Ma paresse naturelle vote pour le hasard.

Restent les légumes racines. J'ai eu une très belle récolte de carottes, des blanches de Küttingen et des oranges, de Colmar. En fin d'été, j'ai voulu ramasser les dernières pour une soupe. Grosses comme mon petit doigt et pas très enthousiasmantes, mais surtout: une magnifique chenille de Machaon me faisait concurrence. Bon, d'accord, je te la laisse, ta carotte. D'autant que, cet été, je n'ai pas eu le plaisir de voir un seul Machaon sur mes Buddleias, et d'ailleurs, très peu de papillons, va savoir pourquoi? Quand je suis remontée les mains vides, mon homme était perplexe: tu cultives des carottes pour nourrir les chenilles? Aucun sens de la poésie. Donc, pas graines de carottes. Les betteraves rouges que j'avais semées puis éclaircies sont finies, mais j'en avais repiqué quelques unes qui continuent de nous faire plaisir et qui sont énormes. Il me suffira d'en garder une. Ma récolte de panais commence à peine. En soupes, purées, pot au feu, ils sont délicieux, un goût légèrement anisé, une onctuosité parfaite. Là aussi, il me suffira d'en laisser un terminer son cycle.

Je n'ai pas, pour l'instant, l'intention de "faire" toutes mes graines. Juste de tester la faisabilité, d'essuyer les premiers plâtres. Mon manque de rigueur me promet quelques déconvenues, que je ne manquerai pas de vous raconter. Mon fournisseur préféré, Biau Germe, continuera de l'être, bien sûr. Pour moi, produire mes propres graines n'est que symbole et amusement. Pour les paysans, tous les paysans du monde, c'est beaucoup plus important. C'est l'indépendance de la paysannerie dans les pays pauvres qui est en jeu. Chez nous aussi, probablement: très peu de paysans produisent encore leurs propres graines en France, pourtant un mouvement naissant existe, de production et d'échange de semences, tout petit, mais assez grand pour que les gros semenciers se sentent menacés et tentent de le tuer dans l'oeuf. Suite à leur intense lobbying, le Sénat a voté en juillet un texte de loi qui vient à présent devant les députés. Pour taxer les semences auto-produites!!! "Ils" nous feront toujours rire, après l'eau, la terre, les graines, ils finiront par s'approprier l'air qu'on respire. C'est déjà bien avancé, l'air est tellement pollué que nous serons bientôt obligés de l'acheter en bouteilles.

lundi, 17 octobre 2011

Octobre rouge, octobre noir

J'avais 17 ans et je ne me souviens de rien. À dix sept ans, on n'est plus une enfant, pourtant, même si à l'époque on faisait le maximum pour nous tenir à l'écart de tout ce qui compte, de tout ce qui vaut, de tout ce qui sera notre vie d'adulte. Ce qui est étrange... (ou pas?), c'est que je me souviens très bien par contre de Charonne, quatre mois plus tard, de l'émotion pour ces manifestants tués par la police, accidentellement disait-on alors, mais quand même... J'ai un souvenir aigu et ému de l'immense manifestation aux obsèques de ces victimes. Comment se fait-il qu'aucune trace ne me soit restée de cet octobre sanglant, de cet octobre des "noyés par balle".

Je ne vois qu'une explication à ce paradoxe: 9 cadavres blancs pèsent plus lourd que 200 cadavres de "Nord-Africains" comme on disait alors.

Comme les vérités sont longues à remonter à la surface. Qui les a lestées de plomb pour qu'elles restent enfouies, que tout un peuple continue à croire qu'il ne s'est rien passé le 17 octobre 1961, ou alors 3 morts et qui l'avaient bien cherché, zavaient qu'à rester chez eux et obéir au couvre feu. C'est seulement à la parution du livre de Jean Luc Einaudi que j'ai découvert l'existence de cette journée tragique. Claire Etcherelli y fait pourtant allusion dans son roman "Élise ou la vraie vie", puisque c'est à ce moment là que l'amoureux de l'héroïne disparaît après son arrestation sans qu'on sache jamais ce qui lui est arrivé. J'ai lu le bouquin et j'ai passé sur cette disparition sans tenter de comprendre, d'approfondir. Pourtant, dans la France fictive à laquelle je croyais alors, comment aurait-on pu disparaître ainsi?

Pour Charonne, il s'est dit à l'époque que les manifestants s'étaient d'eux même engouffrés dans cette bouche de métro, qu'ils s'étaient écrasés les uns les autres parce que les grilles étaient fermées. Accident, je vous dis, malheureuse circonstance, panique des foules. Et c'est le souvenir que j'en avais. C'est seulement il y a quelques années, en lisant le bouquin très minutieusement documenté de Alain Dewerpe, intitulé "Charonne, 8 février 1962", et sous-titré "Anthropologie historique d'un massacre d'État" que j'ai découvert que les grilles n'étaient PAS fermées, que par contre d'autres grilles, celles en fonte qui préservent les arbres du piétinement, avaient été arrachées puis jetées sur les manifestants qui essayaient de prendre le métro pour quitter les lieux.

Et parce que pour moi le passé ne vaut que pour éclairer le présent et nous aider à entrevoir l'avenir, je me demande, je vous demande: Quelles vérités laissons nous couler au fond de l'eau, enfouir dans la boue sans les interroger? Aujourd'hui, par exemple, plus besoin de balles pour "noyer" les malheureux. Eux même s'embarquent sur des rafiots pourris, paient très cher pour ça, puis se noient par milliers sans que ça émeuve beaucoup: zavaient qu'à pas... On le sait "vaguement", on n'approfondit guère, on écoute d'une oreille distraite et oublieuse ceux qui s'indignent (à quoi bon?) et d'une oreille perméable et spongieuse ceux qui nous sussurent à longueur d'antenne qu'on ne peut pas accueillir tout la misère du monde, que ces gens seraient mieux chez eux, qu'ils sont un danger pour nous et notre tranquillité. Que d'ailleurs on va aider (quand?) leurs pays à se développer (comment?).

"Ah, quels gredins que les honnêtes gens", s'écriait le peintre Claude Lantier à la fin de "Le ventre de Paris" de Zola. Sommes nous tous des honnêtes gens?

mercredi, 5 octobre 2011

Sportifs du matin, chagrin

Je m'intéresse peu au sport d'habitude. Sauf randonnage et jardinage que je pratique régulièrement. Mais là, je viens de lire un truc que je veux vous faire partager, ya pas de raison que je sois la seule à faire gloups, mi effarement, mi rage: je vous le dis tout net, Valérie Solanas, c'était une midinette, finalement, avec son SCUM manifesto.

Acrimed a pris la peine de transcrire des commentaires prétendument sportifs sur une radio que je considère comme désormais déshonorée... pouah! Je dois leur dire deux fois merci. Merci pour l'information, et merci, j'ai ma dose.

dimanche, 2 octobre 2011

Réponse à une devinette

Le 21 juillet dernier, je vous posais une devinette. . Il est temps de donner la solution à mes innombrables lecteurs qui s'en soucient peu:

Ce texte vient de Chine. Il est extrait d'un article paru dans le Monde Diplomatique de juillet 2011, une double page centrale, 14 et 15, rédigée par quatre chercheurs du département de sociologie de l'Université de Pékin qui s'appuient sur les travaux d'un groupe plus large de sociologues appartenant à ce département. Ils réclament des réformes dans leur pays, critiquant à la chinoise, c'est à dire avec modération et fermeté, la façon dont les autorités du pays traitent actuellement les mouvements sociaux nombreux et importants qui ont lieu là bas. Ils essaient de poser les bases de ce que nous pourrions appeler une démocratie respectant la voix du peuple (non, hélas, ce n'est PAS un pléonasme). Le ton et le contenu sont assez étonnants, car ils donnent de la Chine une image fort éloignée de celle que nous en avons à travers le filtre de nos "informations". A plusieurs reprises, en lisant cet article très long et très argumenté, je me suis dit qu'on pourrait, chez nous, en prendre un peu de la graine.

La manière dont ces chercheurs ménagent, sur la forme, la fierté de leurs dirigeants, tandis que sur le fond, ils sont d'une précision et d'une fermeté implacables m'a laissée perplexe. On peut, en Chine, écrire cela? On peut le publier dans plusieurs revues, le diffuser largement sur internet, le faire publier dans une revue étrangère? Ça aussi, ça donne de la Chine une image inattendue. Il se passe là-bas des choses dont nous n'avons aucune idée. Ce mélange paradoxal de prudence et de hardiesse, cette pertinence, la qualité de la réflexion, tout est surprenant.

Une chose m'a fait sourire: dans le second paragraphe, qui parle de l'existence d'intérêts "particuliers et donc divergents", ils glissent qu'il existe "encore" une grande différence entre les groupes sociaux. Trop mignon, cet "encore", cette concession, ce tribut payé à l'orthodoxie. Il est peu probable qu'ils soient dupes: au niveau de réflexion où ils se trouvent, il n'a pas pu leur échapper que les différences entre groupes sociaux ne sont pas vraiment en train de s'atténuer. Mais bon, ne fâchons pas inutilement l'interlocuteur. Faisons comme si le but le plus cher de nos dirigeants aimés était l'égalité des groupes sociaux, de leurs ressources financières et de leurs moyens d'expression.

Bien sûr, je ne veux tirer de ceci aucune conclusion sur ce qui se passe en Chine. Le pays est immense, les tendances les plus contradictoires s'y expriment, les actions les plus destructrices s'y déploient, bien malin qui pourrait y lire un avenir quand nous ne savons même plus ce que sera le nôtre. Je prends cet article comme une petite fissure à travers laquelle on voit un pti bout de réalité. Je n'en demande pas plus.

Il sera prochainement disponible en version intégrale sur le site du Diplo, ne le manquez pas.

vendredi, 30 septembre 2011

Ça commence comme ça:

C'est incroyable, ils sont en train de recommencer. Nos gouvernements offrent gratuitement encore plus d'argent des contribuables aux banques!

Il est absolument nécessaire de renflouer la Grèce afin de sauver la Grèce, sauver l'Europe et sauver l'euro. Mais l'actuel plan de sauvetage financier prévoit que nous, les contribuables, renflouions les banques à hauteur de 90% de leurs placements hasardeux. Les Grecs ne reçoivent pas un centime, et nous donnons d'énormes montants aux riches banquiers. Pire encore, près de 30% de notre argent ira aux spéculateurs qui vont faire d'énormes profits en spéculant sur le sauvetage financier!

Ma foi, on avait bien compris que "Sauver la Grèce" c'était pas sauver les Grecs. Mais que faire?

Je reçois de temps en temps des alertes pétition d'Avaaz.org. Je signe rarement. Toutes ces pétitions... c'est facile, suffit de cliquer... mais à quoi bon? Qui s'en soucie? De temps en temps, ça me gonfle trop, alors je signe, je clique, je confirme, j'oublie. Vous aussi, peut-être?

Cette fois, j'en rajoute un peu, en faisant suivre. Qui sait? Ce qui m'a décidée, c'est que sur le site apparaît une nouvelle signature toutes les deux secondes. Et que ça vient de partout. D'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, de Bulgarie, d'Estonie... et de Grèce bien sûr.

Voici le lien. Allez voir, au moins.

jeudi, 29 septembre 2011

Charmante et insuffisante

Je devrais pas ouvrir mon ordi aux aurores. Ça me met rarement de bonne humeur. La perle de ce matin (chagrin), je ne résiste pas à la partager avec vous:

Le Monsieur envisage dès maintenant de se présenter aux législatives: il ne veut pas bâcler sa campagne car il respecte ses électeurs (mais pas ses électrices, vous allez voir). En fait, il a déjà repéré, comme une bagnole qui cherche parking, quelqu'un qui pourrait libérer une place: un député qui ne se représentera pas. Une femme (hein? une femme?) sera peut-être la candidate. Ce qui autorise au Monsieur cette réflexion délicate:

"(...) une femme, en l’occurrence son assistante parlementaire, toute jeune élue de Z..., charmante mais …cela risque de ne pas être suffisant !"

Insuffisante et charmante, ça commence fort, non? En tout cas, voilà une double étiquette que le Monsieur ne craint pas. Charmant... aucun risque. Insuffisant, certainement pas. Il est au contraire très "suffisant".

Bouffi de suffisance.

mardi, 20 septembre 2011

Nelumbo nucifera

Il n'a vraiment pas fière allure, quelques rares feuilles jaunies qui se traînent, pas du tout raccord avec le glorieux nénuphar que je venais chercher dans cette jardinerie qui se dit écologique. Bon, mais il est en solde, et pour cause: le rayon des plantes aquatiques est sur sa fin, assez misérable lui aussi. C'est au printemps, me dit le vendeur, que les arrivages importants se font. Mais au printemps notre mare n'était encore qu'un trou informe envahi par les herbes, promis à une incertaine destinée. En bordure d'allée, en paquets rectangulaires, eux aussi à moitié cachés par les herbes, attendaient le liner de six mètres sur huit, et le feutre destiné adoucir la terre caillouteuse pour éviter les crevaisons.

Ça fait bien longtemps que je rêve d'une mare au fond de mon jardin. J'avais, il y a dix ou quinze ans, acheté un livre de Terre Vivante que je ne retrouve plus. ni dans leur catalogue, ni dans le bazar qui me sert de bibliothèque. En fait, à l'époque, j'avais dû le prêter à un copain qui l'a réalisée, lui, sa mare. Il a probablement gardé le bouquin, et pourquoi pas, les livres sont faits pour circuler. Au printemps 2010, Terre Vivante a de nouveau sorti un livre sur l'aménagement d'une mare. Bon, pourquoi pas recommencer à rêver? Douze euros pour quinze nouvelles années de rêve, c'est donné.

L'été suivant, il se trouve que le papa de mon petit roitelet et de la princesse de septembre (tiens, elle vient d'avoir trois ans, la princesse) passe chez nous une partie de ses "vacances". Précisons que vacances, pour lui, ça veut dire bosser à d'autres trucs: il s'installe avec son ordi dans une chambre bien isolée et se contraint quasiment à des horaires de bureau. Qu'on soit capable de ça, ça me dépasse, moi qui ne peux suivre une idée que jusqu'à ce qu'elle en rencontre une autre, que je suivrai à son tour pas longtemps, c'est fou ce que ça circule dans ma tête. Une vieille chanson de Georgius, justement,vient y trottiner, menaçant de faire bifurquer, encore, mon billet.

Bon. Donc, le voilà qui bosse. Quand il bosse, il a besoin d'exercice. De vrai. Genre travail de force. Avec un pic, une cognée. Ou alors du vélo qui monte au ciel et qui descend dans la caillasse. Je pense que dans une autre vie, il aurait été bûcheron. Il tombe sur mon bouquin, le feuillette. Eh, je peux te la creuser, ta mare. Là, maintenant? Tout de suite? Ben euh... C'est pas rien, un rêve qui cesse d'en être un pour devenir réalité. Comme les billets de banque dans Crésus, ça fait peur. Je reprends mon souffle, le temps de réaliser vraiment. En même temps, quelle chance. À saisir au vol, non? Nous voilà dans le jardin à projeter la mare. Faut qu'on puisse tourner autour, pas trop près du mur, pas trop près du ruisseau, pas trop dans la pente non plus. A force de pas trop ceci, pas trop cela, pas trop grande, pas trop petite, profonde mais pas trop, quelque chose émerge d'assez précis pour que j'aille chercher les outils.

On a décidé, justement à cause du nénuphar qui me trotte dans la tête, environ 80 centimètres de profondeur. Comme ni lui ni moi ne voudrions noyer les enfants, il faut des paliers très progressifs, une pente douce. Une pente douce et un trou profond sur une petite surface, cherchez l'erreur. Imaginez qu'on y est arrivés quand même. Quand je dis on, j'étais plutôt dans le rôle de l'admiratrice incrédule.

Entre temps, ya eu un gag. Ce fond de jardin avait toujours été d'une fertilité très inégale. Assez vite, la raison en est apparue; un mur souterrain. Pile poil dans la diagonale la plus longue de la future mare. Un sacré mur, soixante centimètre de large, voire quatre-vingt, avec du vieux mortier genre chaux et sable. Pas indestructible, certes, à coeur vaillant rien d'impossible, mais bon... Et au dessus du mur.... un dépotoir. On y a même trouvé un vieux broc émaillé, rouillé et percé mais bien reconnaissable, et, plus inquiétant pour la suite, quantité de bouteilles brisées. Ennuyeux pour une mare qu'on va étanchéifier avec un liner plastique: un morceau de verre oublié, un trou, une mare qui se vide.

Ce mur a fait la fierté de mon petit roitelet: joint après joint, pierre après pierre, il en a démantelé une bonne partie. Le maniement du pic n'a plus de secrets pour lui. Moins glorieux, plus minutieux mais absolument indispensable, la chasse aux débris de verre. Là aussi, il a été d'une efficacité plus que symbolique. La petite princesse venait admirer son papa. Dans l'année qui a suivi, elle ne s'approchait pas du trou sans me rappeler que c'était son papa qui l'avait creusé.

L'été s'est achevé, la maison s'est vidée, le chantier s'est arrêté. Une année ou presque. Impossible d'en rester là, quel déshonneur. J'ai commencé à nettoyer le site. il s'était diablement enrichi entre temps, la végétation qui l'avait envahi posait quelques problèmes. Les cardères, les onagres et les laitues sauvages ont des tiges très dures qu'on ne pouvait se contenter de couper, il fallait les arracher. Sans trop éroder la terre. Pour le reste, on pouvait se contenter de tondre. Mais il y avait les diaboliques éclats de verre, bien difficiles à repérer parmi les herbes. Avec mon petit roitelet, on passait de longs moments à les rechercher. Chaque fois qu'on y revenait, on en trouvait d'autres. Désespérant. Une consolation: le liner que nous avions choisi, haut de gamme, était censé ne pas fuir tant que l'objet perforant restait en place.

De toutes façons, l'été finissait, on pouvait difficilement laisser passer un autre hiver. Alors j'ai motivé mes troupes: mes deux garçons et leur père se sont mis au boulot un dimanche. Le feutre, d'abord, qu'il fallait doubler aux endroits les plus problématiques (les restes du mur et du dépotoir). Puis le liner, dont un coin était abîmé, il fallait le placer dans la bonne longueur et que le trou soit hors la mare. Ce qui a pris le plus de temps, c'est de se mettre d'accord sur les manières de procéder. Deux qui discutent, moi qui mets mon grain de sel ou de poivre, et "le petit" qui observe en silence, fataliste et distancié.

Maintenant, le remplissage. Heureusement, la fontaine coulait encore un peu. Très peu. On a siphonné les deux bassins pour aller plus vite. C'est dans cette mare, creusée par son papa, que mon petit roitelet a appris à nager. La configuration de la mare était idéale: il partait du fond, où il avait tout juste pied, et s'élançait vers le bord. Entraînement intensif sur trois jours. Parce que le quatrième jour, ça commençait quand même à devenir un peu verdâtre. Bio, mais verdâtre.

Une intervention de rattrapage a quand même été nécessaire: le bord remblayé s'était un peu trop tassé, il manquait dix bons centimètres pour que le niveau soit correct. On a rafistolé en relevant le plastique, pas très orthodoxe mais quoi, pas possible de faire autrement. Un garnissage de cailloux, une couche de terre. Top, parfait. Mon boulot à moi, maintenant, c'est de couvrir la bordure plastique avec des mottes de terre herbeuses récupérées ici ou là. Et de repiquer des touffes qui retiennent bien la terre pour soutenir la partie remblayée. J'ai aussi prévu de planter en bordure sud-ouest des iris jaunes (j'en ai de belles touffes mal placées qui apprécieront leur nouvelle demeure). A l'époque du ruisseau, mystérieusement asséché aujourd'hui, il y avait une magnifique touffe de "populage des marais" appelé aussi souci d'eau, mais elle semble avoir disparu: forcément, sans eau... et noyée par contre dans les ronces et les orties, elle a dû se sentir mal aimée. Dommage, je l'aurais bien déplacée, elle aussi, sur le bord de la mare.

Revenons à mon nénuphar. On était perplexe, mon compagnon et moi, devant la bête. Pas très engageante, je l'ai déjà dit, placée dans un bac de trente par trente qu'il allait falloir sortir de l'eau, mettre dans le coffre, et surtout, surtout, installer dans la partie profonde de notre mare. De plus, c'est pas exactement ce que je voulais: c'est un lotus, pas un nénuphar. C'est plutôt mieux, notre copine vietnamienne va apprécier. Mais je sais pas trop si c'est gélif ou pas, ça vient quand même d'un pays chaud, et aussi, j'aime bien les feuilles qui flottent à la surface, comme des plateaux avec leur petit rebord. Celles du lotus sont soit émergées, soit immergées, mais elles ne flottent pas. Le prix nous a décidé: divisé par deux. Allons-y: le vendeur nous sort le bac de l'eau, le met dans un grand sac poubelle, puis sur un chariot, jusqu'à la voiture. Ah, je m'informe du nom exact, en latin s'il vous plaît, de ma nouvelle acquisition: Nelumbo Nucifera.

Nous voilà rentrés. Autant je suis du genre "ne fais surtout pas aujourd'hui... ce que tu seras peut-être finalement dispensée de faire", autant pour mon compagnon c'est TOUT DE SUITE. Il pleut, il fait froid, ça peut pas attendre demain, non? Justement, la météo... Il écoute pas, il dit rien, il fait. Voilà le bac dans une brouette, lui en maillot de bain, direction la mare. Heureusement c'est rapide, avancer la brouette dans la mare avec précaution pour pas abîmer le revêtement, descendre dans l'eau (lui, pas moi, misère!, moi j'assure juste, à pied sec, l'équilibre de la brouette) prendre le bac, bien viser pour qu'il tombe juste au bon endroit. Pouf, c'est fait.

Un lotus sacré. Au printemps prochain, on lui donnera des compagnons plus modestes. Et moins exotiques.

vendredi, 16 septembre 2011

Crapaud mon bel ami

Deux billets le même jour? Eh oui.

Je remonte à l'instant du jardin, toute émue: je viens de voir un crapaud nager dans la mare. Il était là, tout près de moi, sa tête affleurant l'eau. Je crois qu'il s'apprêtait à sortir. Mais il m'a vue, il a fait demi tour et a disparu dans l'eau trouble. Je suis restée longtemps à le guetter, inutilement.

Bon, un crapaud dans une mare, me direz-vous, c'est plutôt banal, pas de quoi en faire un plat. Mais vous comprenez pas? C'est le premier crapaud dans une mare qui n'a que quelques semaines. Elle est même pas finie! J'en suis encore à aménager les abords. Je couvre, jour après jour, selon mes envies et mon courage, le plastique noir du liner sous des touffes d'herbe prélevées ça et là avec leurs racines, en espérant qu'elles voudront bien se stabiliser et s'installer. Parmi les herbes choisies, il y a la menthe sauvage, elle apprécie l'eau et se contente d'une couche de terre peu épaisse. J'ai repéré aussi, il y en a pas mal dans les coins herbeux de mon jardin, une petite rampante nommée lysimaque nummulaire. Ses tiges discrètes se glissent entre les herbes, elle ne se fait remarquer, si peu, que par ses petites fleurs jaunes, mais la mienne fleurit peu. Elle peut devenir couvrante si on lui laisse de la place (une pierre, une bordure en béton). Elle aime bien l'eau, où elle devient flottante. La plante idéale en bordure d'une mare sur plastique qui essaie de camoufler son caractère artificiel. J'attends de voir si elle tiendra ses promesses.

Comme le terrain est pentu, je commence à stabiliser les berges du côté remblai, en y plantant des touffes de marguerites, des tiges de saponaire, bref des plantes sur lesquelles on peut compter pour empêcher le glissement de la terre. J'ai semé cet été de la salicaire, qui aurait fort belle allure en compagnie des iris jaunes, déjà installés près du déversoir. Malheureusement, mon semis a coïncidé avec une vraie explosion d'herbes sauvages, juste après la première pluie qui a suivi la sécheresse: mon jardin était devenu brusquement tout vert, couvert de minuscules plantules: on aurait dit que la sécheresse avait mis les graines dans des starting-blocks. Et comme j'ignorais à quoi ressemble la salicaire quand elle vient de germer, le désherbage précoce était impossible. Face à cette armée de concurrentes, la salicaire, je crois bien, a capitulé. Si je veux en planter cet automne, il me faudra en trouver en jardinerie.

En jardinerie, je vais y aller, de toutes façons: il me faut un nénuphar. Celui qui fait de grosses fleurs blanches. Je compléterai par deux ou trois bricoles, pas trop. Juste encourager la nature, en lui laissant le plus de place possible.

Pour "mon" crapaud (il était énorme, je crois bien que c'était une crapaude), j'ai installé également la souche tarabiscotée d'un vieux plant de cassis qui végétait au mauvais endroit et qu'on a dû arracher en creusant le trou. Un tas d'herbes sèches complétera l'abri. Je veux qu'il elle sente que dans ce jardin elle est la bienvenue. Je ne voudrais pas que notre première rencontre qui l'a effrayée lui ait donné mauvaise opinion de moi.

Les ronces vont à dame

Quand j'étais petite, je jouais aux dames avec mon grand père. Pas le jardinier, l'autre. Ça durait jamais longtemps. J'avançais mes pions au petit bonheur la (mal)chance, je me faisais "souffler" des pions pour n'avoir pas vu que je devais "prendre", puis tout d'un coup, le pépé, toc-toc-toc, avançait en zig-zag à travers mes pions dispersés, allait à dame, et à partir de là, carnage. 'Si ça gagne pas, ça débarrasse" disait le pépé, ravi.

J'ai compris plus tard, je ne crois pas qu'il me l'ait jamais expliqué, qu'il avançait ses pions "en coin", sans laisser entre eux le moindre trou, juste le contraire de ce que je faisais moi. Mais quel plaisir un adulte confirmé pouvait-il bien trouver à écrabouiller ainsi, en quelques minutes, une gamine de huit/neuf ans? Je crois que mon pépé avait gardé quelque rancoeur de son enfance et de sa vie "douze métiers, treize misères". Si ça gagne pas, ça débarrasse, il n'y gagnait rien en effet, mais ça devait le débarrasser, fugitivement, de quelque chose.

Finalement, avec sa manière de jamais rien expliquer, de toujours être dérisoirement le plus fort, de faire des blagues pourries qui me mystifiaient et m'enrageaient, il m'a appris une certaine forme de vigilance: qu'est ce qui se cache derrière les choses, derrière ce que font, ce que disent ces adultes tout puissants et pourtant si faibles, souvent. Et il m'a appris, paradoxalement, le respect de l'enfance.

Bon, mais il était question de ronces. C'est la saison où les ronces, comme mon grand père, vont à dame. Le processus est saisissant. Comme avec le pépé, j'y vois rien d'abord. Une tige monte sournoisement, se perd dans le feuillage d'un arbuste ou s'appuie sur une herbe haute. Puis elle redescend, toujours aussi discrète. Elle cherche la terre. Quand elle la trouve, il se produit une bizarre modification: la pointe devient à la fois plus charnue et plus pâle, elle tourne légèrement sur elle même, elle se plante en terre et un feu d'artifice de racines explose. Il est encore temps de déraciner ces marcottes spontanées. La tige de la ronce est très solide, il faut des gants bien sûr car elle est aussi féroce, mais l'arrachage est d'autant plus facile que la ronce, cette petite futée, détecte les endroits où la terre est assez meuble. Ce qui facilite son boulot... et le mien.

Plus tard, il sera trop tard. Déraciner, plus possible, la tige est solidement amarrée. Couper, bien sûr, on peut toujours. mais on a là le point de départ d'une touffe vigoureuse et obstinée. Qu'il faudra couper et recouper avant qu'elle se décourage. Oubliez-la une saison, elle est repartie de plus belle. Attendez davantage, de saut en saut, le buisson de ronce peut gagner des dizaines de mètres en peu de temps. Jardinière bio convaincue, je comprends pourtant que certains se soient laissés séduire par les produits miracles qui vous nettoient définitivement un roncier en deux coups de vaporisa-tueur.

Mais ils ne savent pas ce qu'ils perdent.

vendredi, 9 septembre 2011

Tordre puis arracher

"Tordre et arracher, pas couper surtout. Tordre, puis arracher."

J'ai trois grosses touffes de rhubarbe dans mon jardin. Elles disparaissent en hiver, comme de nombreuses vivaces, et reviennent fidèlement au printemps. De bizarres oeufs rougeâtres d'abord, assez surprenants quand on ne connaît pas: quel oiseau étrange aurait pondu là... à moins que ce ne soient les cloches, mais Pâques est encore loin. Puis, très vite, ça se déplie, la tige, épaisse, s'allonge, la feuille, énorme, prend ses aises. Bientôt, la première récolte. Presque la seule, jusqu'à cette année. De la touffe déplumée ne sortaient plus guère ensuite que des tiges grèles, sèches, pas toujours mais souvent filandreuses. A vous dégoûter de la cueillette, parce qu'une seul tige filandreuse, comme un haricot qui a pris le fil, une amande amère ou une noix rance, vous gâche tout le reste.

Je pensais que c'était la faute de ma terre, pas assez profonde, la rhubarbe a une énorme racine qui doit pouvoir s'enfoncer dans le sol sans rencontrer le tapis de cailloux de moraine qui affleure facilement par ici. Ou alors, la faute à la sécheresse, la rhubarbe aime les terrains frais et je n'avais pas toujours le courage de charrier les deux ou trois arrosoirs qu'il faut à une grosse touffe. Ou peut être qu'elles étaient trop vieilles, mes touffes, qu'il aurait fallu les dédoubler, les déplacer, les renouveler?

Jusqu'à cet avertissement bizarre, donné par un compagnon de mes petites randonnées du mardi: tordre, puis arracher. Les jardiniers ont plein de ces petits rituels indispensables auxquels ils croient ou pas mais qu'ils respectent scrupuleusement, si ça fait pas de bien, hé, ça peut pas faire de mal. Au début, moi aussi, je faisais comme ça, tordre puis arracher, pour avoir toujours vu ma grand mère le faire. Mon grand père, lui, avait son "Opinel" dans la poche, mais les chromosomes (ou les hormones?) féminin(e)s interdisaient le port de l'Opinel. Donc, pensais-je, si mémé ne coupait pas les tiges de la rhubarbe, c'est faute de couteau. Mais moi qui suis une femme libérée, j'ai droit au couteau, que je plante d'ailleurs souvent n'importe où (faute de poches), que je perds, bien sûr, que je retrouve sans manche et avec une lame qui fait pitié deux ou trois saisons plus tard ou alors dans le compost.

Comme quoi les anciens avaient peut-être raison de refuser aux femmes le droit à l'Opinel. C'est toute une culture, ça s'improvise pas. Celui de mon grand père était soigneusement entretenu, lame aiguisée régulièrement, nettoyée dans la terre et bien essuyée ensuite, je revois le geste par lequel il le repliait avant de le glisser dans sa poche. Et bien sûr il ne l'aurait jamais prêté à personne, et surtout pas à un malandrin anonyme qui aurait utilisé la lame en guise de tournevis et l'aurait irrémédiablement ébréchée, comme ça m'est arrivé récemment. C'est pas moi, c'est pas moi, c'est pas moi, diraient tous les malandrins de mon entourage si je faisais l'erreur de les questionner. Ce dont je m'abstiens, bien sûr, sagement, depuis que je suis vieille. Avant j'aurais appelé la Sainte Inquisition.

Je vous parlais de rhubarbe, non? Donc, depuis ce printemps, je suis revenue à mes pratiques primitives, je ne coupe plus les tiges de rhubarbe. Je prends la tige le plus près possible du sol, à pleine main, je la vrille fortement tout en tirant vers moi. Elle s'arrache ne laissant une blessure, il arrive que s'arrache avec elle un bourgeon naissant, tant pis.

Et vous savez quoi? J'ai eu de belles tiges de rhubarbe tendres et charnues, tout l'été et encore maintenant. Une ou deux fois par semaine, j'en arrache une dizaine, que j'épluche soigneusement avant de les couper en tronçons, deux ou trois centimètres. Je prépare un mélange type clafoutis: six oeufs, un verre de farine, deux verres de sucre (l'acidité de la rhubarbe est redoutable sinon), plus une dose (20 ou 25 centilitres) d'une de ces crèmes végétales bio, amande, épeautre, riz, avoine que j'utilise en remplacement de la crème-crème. Trente minutes au four, hop là, dessert nourrissant et sympa. Bon, il arrive que de petites mains de princesse ou de roitelet écartent soigneusement les tronçons de rhubarbe sur le bord de l'assiette, tant pis. Les enfants, savent pas ce qui est bon!

- page 1 de 10