Un jour que je cherchais les paroles de la chanson de Prévert sur la pêche à la baleine (Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête qui ne m'a rien fait?), j'ai « échoué », sur la grève, chez Anita. Depuis, j'y passe assez régulièrement, laissant parfois un « pti bois flotté » dans ses eaux.

Elle est pas douée pour les anniversaires, moi non plus. Mais elle a pas laissé passer le sien (celui de son blog), moi si. Elle, ça fait trois ans, c'est une vieille. Moi, c'est un an seulement. C'était le 13 janvier.

J'étais en partance pour Hanoi, je viens de rentrer au pays. J'ai dû, pendant un an, mais avec heureusement une bonne coupure cet été, ne cultiver mon jardin que métaphoriquement. Entre juin et septembre, j'ai été active comme jamais, désherbant des montagnes d'herbes sauvages (pas de mauvaises herbes, hé!) grelinant ce qui était ainsi libéré, semant des navets (jaune d'or, c'est comme ça que je les aime), des haricots que nous avons savourés, repiquant des dizaines de poireaux... qui ont fait la joie des campagnols (Mais keskifoot, mes chats?).

Je reviens pour retrouver mon jardin gorgé d'eau, d'abord, sous la neige ensuite, Les premières perce-neige ont fleuri, les jonquilles se préparent sous un tapis de feuilles mortes. L'églantier s'est allongé sur le sol, signe que je l'ai trop laissé grandir, j'ai coupé tout ça, mettant en tas à part et avec précaution ces branches cruellement offensives. J'ai ramassé quelque navets et un chou rouge. Je suis toujours émerveillée de la rusticité de ces choux rouges, qui gardent leur forme et leur couleur par tous les temps et sont insensibles aux attaques des prédateurs. Tout le jardin, sinon, est couvert de ces petites herbes rampantes, véronique ou mouron blanc, qui protègent la terre en attendant le printemps. Avec les quelques herbes plus préoccupantes, celles qui envahissent et prennent trop de place, il y aura une négociation serrée. Pas question de les é-li-mi-ner, mais elles doivent se comporter en amies, pas en colonisatrices. Rester à leur place, celle que je leur assigne.

J'ai, pour la première fois, mis de l'ordre dans mes graines. Malgré ma fâcheuse tendance à tout garder, pas de pitié pour les périmées: versées en vrac dans un pot, je les sèmerai dans un carré réservé, ce sera rigolo, je vous raconterai. Puis, j'ai pris le catalogue du Biau Germe. Les graines qui me restent, je les coche sur le catalogue, et j'écris à côté leur date de péremption. Celles dont j'ai besoin, je coche leur prix en fluo. Puis je rédige ma commande (presque) sans me tromper. Je crois que je me suis un peu emballée, j'en ai pour plus de 90 euros... Mais bon, j'avais pas fait de commande l'an dernier, ayant conseillé à mon fils, jardinier débutant, de se contenter d'acheter des plants, le 8 mai, à la foire aux plants de Terre Vivante.

Il voulait quand même semer des carottes, mais les conseils que je lui ai donnés, abusivement détaillés, l'ont découragé. Il n'a pas récolté de carottes, donc, mais de très belles tomates, des pommes de terre, des potirons dont quelques-uns ensoleillent encore la maison. Plus le virus du jardinage. Du coup, au lieu de retourner en ville dans un appart minable, lui et sa copine ont fait le choix d'une toute petite maison, pas trop chère, pas trop loin (de la ville, il faut bien bosser) avec un grand terrain. Naissance d'une vocation, de deux plutôt.

J'aime bien la neige, c'est beau, et c'est utile pour le jardin, "Neige en février vaut du fumier". Pourtant, je vais lui donner ses huit jours. Je l'ai priée de fondre, elle a commencé, laissant au sol l'azote qu'elle contient, et puis... je guette le beau temps. Un beau temps un peu durable, le sol doit d'abord se ressuyer, impossible de travailler un sol mouillé, il ne faut même pas marcher dessus de peur d'en faire du béton. Je peux commencer, à l'intérieur, mes semis de tomates, mais il me faudrait du terreau un peu sec. Je vais quand même pas l'acheter, alors que mon bac à compost est plein de belle terre noire. Alors, que faire?

Attendre.

Jardiner, c'est découvrir un autre rapport au temps.