Moi, j'y connais rien, à internet en général et à la loi Hadopi en particulier. J'utilise mon blog un peu comme un traitement de texte, toutes ses potentialités me demeurent hermétiques, vous avez vu, je sais même pas y placer une photo. Un peu comme si j'avais un téléphone portable dont je me servirais QUE pour téléphoner. Tu fais pitié, la vieille.

Mais j'ai vu virer au noir, le noir du deuil, à moins que ce ne soit celui de la colère, plusieurs blogs amis. Du coup, je me renseigne un peu. Et récemment, le truc des "cinq gus dans un garage" m'a bien fait marrer.

Ca commence par un site de combat, qui s'appelle "La quadrature du net". Vous connaissez le terme "La quadrature du cercle" pour signifier quelque chose d'impossible à résoudre. Moi aussi, mais pas vraiment, j'en ai appris plus ce matin. Des mathématiciens ont essayé vainement, pendant trois millénaires semble-t-il, de construire géométriquement à partir d'un cercle, un carré qui aurait la même surface que ce cercle. Hé bé... ça existe pas. Par nature, ça peut pas exister. Mais il a fallu trois millénaires pour s'y résigner, puis le démontrer. Cette impossibilité a un rapport avec le fait que le nombre connu sous le nom de "Pi" soit 3,1416 et des poussières, possède un nombre infini de décimales. Un nombre infini de poussières, sur lequel de très grands mathématiciens se sont cassé les dents. Comme je suis pas sûre d'avoir bien compris ni bien expliqué, je vous renvoie à leur texte. L'idée des mecs de "la quadrature du net", c'est que ceux qui essaient de domestiquer le net vont faire pareil. Mission impossible. "Ils rament à contre-courant de l'histoire".

Le 8 mars, une première dépêche de l'Agence France Presse, relate une de leurs actions en ces termes: "Un collectif de citoyens, La Quadrature du Net, encourage les internautes à abreuver les députés de mails hostiles à cette loi". Vous noterez l'emploi du verbe "abreuver" qui est tout sauf neutre. Au cas où vous n'auriez pas compris que ce sont des belus, l'AFP enfonce le clou: "Ce sont cinq gus dans un garage qui font des mails à la chaîne, relativise le cabinet de madame Albanel".

Sauf que ça, c'est à 8h13. Une dizaine d'heures plus tard, les cinq gus et leur garage ont disparu de la dépêche, remplacés par une formulation moins spontanée et beaucoup moins affriolante: "Le Ministère de la Culture a riposté dimanche en lançant une campagne d'information auprès des parlementaires qui recevront tous les jours une lettre électronique défendant le texte avec des témoignages d'artistes et de professionnels".

Trop tard, internet est un média ultra chaud et qui a une mémoire d'éléphant. Les cinq gus dans leur garage sont devenus célèbres et font déjà des vagues bien loin de leur sommaire abri. Un site est créé pour immortaliser l'expression. PCInpact nous refait toute la chronologie, preuves à l'appui. L'Agence France Presse essaie de donner pour son rectificatif sournois une explication tirée par les cheveux. La photo du garage où Hewlet Packard a fait ses débuts circule sur les blogs. Je rajouterais volontiers que l'aviation aussi a commencé dans un garage avec quelques cinglés qui faisaient rire les gens sérieux. Quant à savoir si Hewlet Packard et l'aviation sont un grand pas pour l'humanité, je n'entamerai pas ici le débat.

Cet incident rigolo m'inspire d'autres réflexions. Nous sommes gouvernés, et c'est pas nouveau mais ça prend des proportions grandioses, par le mépris, le mensonge et l'ignorance. La bêtise aussi?

Le mépris: Pas seulement dans le texte initial, mais aussi dans le correctif: "campagne d'information", suivi de "lettre électronique" ça fait vachement plus sérieux que "mails à la chaîne" quoique... est ce fondamentalement différent? "témoignages d'artistes et de professionnels" ouais, ça en jette. Combien de gus ça fait, au juste, tout ça? Une secrétaire dans un bureau Louis XV?

Le mensonge: Passons sur le correctif emberlificoté, un enfant de cinq ans qui ne veut pas reconnaître avoir dit une grosse bêtise est plus subtil. Il est très facile, s'agissant de mails envoyés par internet, de savoir si les messages viennent d'un seul ordinateur, voire de quatre ou cinq, ou s'ils sont envoyés par des milliers de personnes, d'autant que la plupart d'entre eux signent très certainement leurs courriers. Le ministère SAIT que les mails qui indisposent les députés UMP ne proviennent pas seulement de quelques internautes, mais d'une multitude.

L'ignorance: A moins que dans le cabinet de la ministre, ils ne sachent même pas ça? En tous cas, en matière de grandes inventions, ils devraient savoir que les débuts précaires font immédiatement surgir des personnages célèbres et mythiques: Archimède dans sa baignoire, Bernard Palissy brûlant ses meubles, Newton sous son pommier, Latécoère dans son garage, et autres images d'Epinal font partie intégrante, aujourd'hui, de la culture populaire. On ne peut pas déconsidérer un créatif en prétendant qu'il travaille avec des bouts de ficelle.

La bêtise: Ils semblent avoir fort bien compris quelle menace le net représente pour eux, c'est pas par hasard qu'ils essaient de le museler. Mais manifestement ils n'ont pas encore tiré toutes les conséquences de ce savoir. Laisser passer sur internet une phrase aussi attractive, puis tenter de la retirer... dix heures plus tard... pas fufu. Leur piège à campagnols super efficace... ils se sont pris les doigts dedans. Ouille, ça fait mal!

PS: à propos de bêtise, ne m'en veuillez pas si vous en trouvez dans ce texte, je suis pas ministre, moi, j'ai pas de "cabinet" super professionnel. Mon ordi est dans un couloir, j'ai même pas de garage.