Une ruelle étroite, sinueuse, encombrée, que détestent les taxis. Le nôtre nous a laissés à cent mètres du but, avec nos énormes sacs, heureusement pourvus de roulettes. Nous sommes dans la maison de Van, à Hanoi. Elle y vit avec sa grand mère, son frère, un cousin, une cousine. Plus nous, pour trois semaines. Elle nous a laissé sa chambre pour dormir avec sa cousine.

Un soir, fièrement, elle nous montre le régime de bananes cueilli sur le bananier qui pousse courageusement dans sa minuscule arrière cour. De petites bananes, moins de dix centimètres de long, et délicieuses. Le lendemain matin, au petit déj, bananes de nouveau.

Mais voilà que la grand mère ronchonne on ne sait trop quoi. Elle prend un couteau, et coupe les moignons déchirés hier sans précaution, autour desquels volètent quelques moucherons. On croit deviner, mais on vérifie:

"Elle est fâchée, Van, ta grand mère?

"Oui, elle aime pas que j'arrache les bananes, ça attire les moucherons, elle veut que je les coupe proprement."

"Mais moi je m'en fous, je fais n'importe quoi!" reprend-elle en riant. Et elle tourne les talons pour partir au boulot, après avoir ajouté quelques mots en vietnamien. Nous ne saurons pas ce qu'elle a dit. Mais la vieille dame austère, au sourire si rare, se met à se marrer franchement et lui donne dans le dos une grande bourrade.

Je réponds ainsi au tag de Fajua, déjà ancien. Quelques secondes, c'est pas rien. Surtout qu'on peut s'en souvenir plein de fois, ajoutant des secondes aux secondes. Mais j'ai pas trop envie de taguer quelqu'un d'autre. Si tu viens ici, si tu as envie de parler du bonheur, pourquoi t'en priver? Et fais le savoir autour de toi, c'est une de ces choses qui se multiplient quand on les partage. Ya plein de trucs comme ça, qui échappent complètement à une logique arithmétique.