Un rectangle blanc sur fond noir, évoquant un faire part de deuil, une bande son qui grince désagréablement. Je me demande s'ils sont assez culottés pour avoir choisi de nous laisser devant un écran vide. Mais quelque chose bouge en haut à gauche. Une fourche? des cornes? Des cornes, oui, et un escargot. Un bel escargot à la coquille rouge qui entre lentement, en ondulant à peine, ses cornes s'agitant doucement. Le silence s'est fait après un dernier choc métallique (un carambolage?). L'escargot avance toujours. Pas très fringant, comme symbole, un escargot. Voter pour un escargot, bah... ceci dit, on a vu pire.

Une phrase s'inscrit, lettres noires, graphie simple, qui donne son sens au choix de l'escargot: "Prenons le temps...". Et tout d'un coup, on a envie de le prendre, le temps. De rester en attente, à regarder cet escargot qui continue d'avancer au même rythme. La respiration s'apaise. Des mots s'affichent, toujours en silence, des points de suspension, d'interrogation, d'exclamation. On prend le temps, en effet, de réfléchir à ce qu'ils veulent dire.

Puis cette question "Alors? Décroissance choisie ou récession subie?"

L'escargot s'arrête au milieu de la page. Il a mis une minute environ à arriver là. Une minute? Comme c'est long, une minute, quand on pense. On n'a pas vraiment l'habitude de penser aussi longtemps devant un poste de télé. Ca fait tout drôle, parce qu'on a -vraiment- pensé, on s'est pas contenté de se laisser penser par les images et les sons.

Voilà, c'est fini. Sous l'escargot maintenant immobile s'inscrit le nom de la liste: "EUROPE DECROISSANCE".

Puis cette phrase: "L'utopie d'aujourd'hui sera la réalité de demain". On reste rêveur, un peu, on a très envie d'y croire.