Faut que je me décide à vous donner des nouvelles de mon jardin, sinon vous allez croire que je n'ai récolté que des limaces, des pucerons, des chenilles et autres vermines. Tout juste ce qu'on attend d'une jardinière bio. A ce propos, me revient le ricanement d'un vieux paysan que j'aimais bien: "Ecolos? Rigolos!" J'ai quitté ce village depuis quinze ans, mais j'ai eu la surprise de découvrir ses produits, ou plutôt ceux de son fils, à la "Halte fermière" tout près de chez moi. J'en achète régulièrement, en souvenir, mais aussi parce qu'ils sont bons. Seconde surprise, plus récente, ils sont désormais marqués du label "AB". Le vendeur m'a d'ailleurs précisé que ça ne changeait pas grand chose à leur fabrication. Tel est le paradoxe de la petite paysannerie de montagne, ils faisaient, ils continuent à faire du bio sans le savoir. Il faut croire que les écolos s'y sont bien mal pris pour ne pas se faire d'eux, d'emblée, des alliés.

Pour en revenir à mon jardin, les petits ennuis dont je vous parlais en juin ont été vite écartés. Après avoir presque détruit mes fèves (mais c'était prémédité de ma part) les pucerons noirs, très bien élevés par les fourmis qui fourmillent chez moi, sont restés cantonnés à un ou deux pieds de haricots. La part du pauvre, en quelque sorte. Un petit sachet de poudre "Bacillus Thurigiensis" (merci, Minium) dont j'ai délayé une cuillerée dans un pschitt à vitres désaffecté est venu à bout très vite des différentes chenilles qui avaient décidé de se faire toute ma récolte de choux. Noctuelles qui pondent au coeur, piérides qui ravagent les feuilles ont disparu. J'ai rien vu pour les discrètes et redoutables noctuelles, sauf que les choux ont repris une croissance normale, mais les chenilles de piéride se sont desséchées en quelques jours. Leurs jolis papillons blancs marqués d'un petit carré noir ont pourtant continué à voltiger obstinément au dessus de mon jardin, bien plus nombreux que d'habitude, mais inoffensifs: sont-ils allés planter leurs choux oeufs dans d'autres jardins? Ou sur des sauvages?

D'ailleurs, les papillons en général ont été, cette année, incroyablement nombreux. Les deux buddleias qui se sont invités sans manière juste devant mes fenêtres, le sol y étant aride et pierreux à souhait, étaient en spectacle permanent. Machaons, Flambés, Paons de jour, pour ne citer que les plus spectaculaires, étaient deux ou trois fois plus nombreux que d'habitude. Plus un grand papillon orange et noir, peut être un Tabac d'Espagne, dont plusieurs exemplaires étaient présents en permanence.

Les limaces ont été beaucoup moins offensives que d'habitude. Faut dire que le temps ne leur était guère favorable... Un peu de "Ferramol" sur les cultures les plus sensibles, en particulier sur les salades repiquées, a suffi. Précaution cependant indispensable, pour l'avoir négligée après mon premier repiquage je l'ai bien compris: feuilles tendres, un peu fanées, plus arrosage, ce fut la curée, disparition en une nuit de la moitié des plants.

Le chevreuil n'est pas revenu. Sans doute, avec l'automne, se souviendra-t-il de mon sympathique accueil? Mes scaroles sont très belles, pleines de promesses, il pourrait bien, hélas, ne pas tarder à les découvrir... que faire? Par contre, j'ai vu UN doryphore, un seul, je vous raconterai!

Finalement, donc, mon jardin a donné à plein tout l'été. Faut dire que nous avons été assez régulièrement dix à table, plus deux bébé(e)s de 9 et 11 mois, parfois quinze et même jusqu'à vingt. Elle a pas chômé, la vieille! d'où, vous l'avez compris, le long sommeil de ce blog. La sécheresse a diminué la quantité (mais pas la qualité) de certaines récoltes (pommes de terre parfaites pour jouer aux billes, carottes grosses comme le petit doigt), mais je n'ai jamais eu de tomates aussi nombreuses et aussi belles, et les concombres se bousculaient pour se faire cueillir. Pour les haricots, j'ai joué de malheur, ou plutôt d'imprécision dans mes semis. Ma première récolte s'achevait quand tout le monde a débarqué... et la seconde a commencé quelques jours avant les grands départs. J'ai dû, honte à moi, acheter des haricots au marché, locaux et de saison certes... mais filandreux! les miens ne le sont JAMAIS. Les courgettes ont fourni, avec l'aide de poivrons et d'aubergines du marché, de savoureuses ratatouilles. Et quelques potirons nous ont donné un avant goût d'automne. Les choux raves, semés puis repiqués en trop petite quantité pour un plat familial, ont fait le régal des bébées. Omniprésents et invisibles, mais essentiels, j'ai failli oublier ail, oignons et échalotes. Taille modeste cette année, mais qualité parfaite, ils se conserveront longtemps je pense. Ou plutôt ils se seraient conservés longtemps si les provisions n'étaient pas déjà sérieusement entamées.

En début de semaine dernière, la maison a commencé à se vider. Un seul de nos garçons est resté, et encore, vu la place que tiennent les copains et les jeux vidéos dans son emploi du temps, on a pas vraiment l'impression qu'il est là. Cette grande maison silencieuse à nouveau, ça fait tout drôle, à la fois triste et reposant. Le temps s'y est mis lui aussi, pluie, bruine, brouillard sur les montagnes. Et retour des limaces, que je ramasse matin et soir pour les exiler en banlieue et éviter qu'elles ne pondent leurs oeufs chez moi. Je commence à nettoyer un peu (pas trop) les plates bandes dégarnies, je passe au tamis le compost mûr pour faire de la place dans le bac, j'en ai commencé un autre avec les déchets de l'été, du broyat de branches et du crottin de cheval ramassé dans la prairie, dernière activité avec mon petit fils qui était moins euphorique que l'an dernier, mais actif et efficace.