J'ai ramassé hier mes potirons. Une pleine brouette. Oh, ce n'est pas avec ceux-là qu'on pourra faire un carrosse. Ils sont petits, tout petits, mais costauds. Les variétés que je choisis ont un point commun, pour en faire de la purée, il faut rajouter du liquide. Les énormes courges gonflées à l'eau claire et dépourvues de saveur, c'est pas mon truc. Quoique... quand je les vois dans les jardins des autres, j'ai un petit pincement de jalousie. Faudra que j'en fasse, un de ces jours.

Donc, chaque année, je prépare des plants de potirons. Comme pour les plants de tomates, les tomatiers je veux dire, je remplis de mon compost maison une barquette en plastique. Trouée au fond, hein, cela va sans dire, mais... une amie qui se plaignait de voir pourrir ses plants n'avait pas respecté cette élémentaire condition, alors... on ne sait jamais. Le semis est plus tardif, avril suffit. Vous prenez la graine entre le pouce et l'index, la pointe en bas, et vous l'enfoncez d'un bon centimètre. C'est une règle pour les semis, la profondeur est proportionnelle à la taille de la graine. Deux ou trois fois son épaisseur, ce qui ne veut pas dire grand chose quand il s'agit de graines de laitues, minces comme du papier à cigarettes. Mais ça donne une idée.

Assez vite, vous verrez la terre se bosseler, puis se fendre, et enfin deux petites feuilles ovales et charnues émerger, encore coiffées de l'enveloppe rigide de la graine. Bien éclairé, le plant va s'étoffer, pousser de vraies feuilles, devenir touffe, grossir. S'il s'allonge trop, c'est qu'il manque de lumière. Il a besoin aussi d'arrosage régulier et abondant. Il va attendre bien à l'abri que les saints de glace aient donné leurs derniers feux (ça brûle, le gel). En attendant, il faut préparer la terre à le recevoir. Car ces petits plants sont des voraces. Ils aiment une terre bien enrichie en compost, on les voit parfois, dans nos campagnes, pousser sans manières sur un tas de fumier abandonné. Donc au jardin, on creuse un bon trou. Vingt à vingt cinq centimètres de profond. On peut mettre au fond un peu de crottin de cheval, et compléter avec du compost, même pas très mûr: certaines plantes ne supportent le compost que très mûr, mais le potiron n'a pas ces pudeurs. Le fumier de cheval, le compost incomplètement décomposé continuent à chauffer, ça aide bien à la reprise et au démarrage car les nuits sont encore fraîches, et les jours pas très chauds.

Un trou profond, donc, bien fertilisé, et beaucoup de place autour. Il faut prévoir environ deux mètres d'espacement, car le potiron est une plante coureuse. Ses tiges s'allongent, s'allongent, s'écartent, le plus souvent en direction du soleil. Très vite, tout ça s'enchevêtre et déborde l'espace assigné. Première précaution, je marque avec un bâton assez long l'emplacement futur de chaque pied, pour savoir où arroser. Car il faudra arroser, et beaucoup: plusieurs litres au début, un arrosoir plein (les miens font dix litres) en fin de saison. Selon votre tolérance au désordre, vous pourrez, ou non, laisser les tiges envahir les allées, sortir du jardin, migrer vers la prairie ou, pourquoi pas, la pelouse.. Ma tolérance au désordre est assez élevée, mais ce sont les limaces qui m'interdisent ces fantaisies, elles adorent les potirons naissants couverts d'une peau encore tendre à leurs mâchoires dignes d'un crocodile miniature. Ces mêmes limaces m'interdisent le paillage, qui économiserait l'arrosage mais m'empêche de les repérer.

Donc repiquage, "dès que les gelées ne sont plus à craindre". Bien serrer la terre autour des racines en enfonçant profondément les deux index et les deux pouces en carré. Les pouces verts, c'est ça, et pas autre chose. Arroser, même si c'est mouillé, l'eau fera ruisseler la terre autour des racines, éliminant les dernières poches d'air qui compromettraient une bonne reprise. Et voilà!

Cette année, je n'ai pas pu semer, j'ai planté des potirons achetés le 8 mai à la traditionnelle foire aux plants de Terre Vivante. Deux plants de potimarron, l'incontournable. Il y a maintenant plus de vingt ans que le potimarron a fait son coming out. Au début, confidentiel, très confidentiel, réservé aux milieux bio avertis. A présent, connu de tous ou presque, présent en graineterie classique, en plants dans les jardineries, et sur les marchés en automne. Il a même les honneurs de Wikipédia, alors hein? Plus deux plants de Butternut, et deux de Green Hubbard. Je sais pas trop pourquoi, mes Green Hubbard ressemblent plutôt à des "Bleu de Hongrie", les surprises des plants qu'on ne fait pas soi même... Et puis, comme il me restait un peu de place après avoir repiqué tout ça, j'ai creusé deux trous de plus et j'ai fait un semis direct de Buttercup. Le semis direct est intéressant, car plus économe en main d'oeuvre (je suis assez paresseuse, vous vous souvenez), et pour la Buttercup, dont les fruits se forment et grossissent très vite, le léger retard pris au démarrage n'a pas de conséquences. J'achète mes graines à Biaugerme, mais pour les photos je vous envoie sur le site de la ferme de Sainte Marthe. Biaugerme n'est pas encore au top pour les photos.

Et tiens, à propos de Terre Vivante, ils vont clore leur saison par une mémorable "Fête de la soupe". Ce dimanche 18 octobre. J'y serai. Les potirons aussi!